Le conflit est père de mobilité.

Compte-rendu analytique de l’ouvrage : Mohamed Kamel Doraï. Les réfugiés palestiniens au Liban. Une géographie de l’exil. CNRS Editions. Paris. 2006.

Dans l’ouvrage « Les réfugiés palestiniens au Liban. Une géographie de l’exil », Mohamed Kamel Dorai, chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique et à l’Institut Français du Proche Orient à Amman (Jordanie), se consacre à la dynamique spatio-temporelle (l’espace-temps étant une notion transversale aux migrations) des réfugiés palestiniens. Ces derniers formant le « versant démographique et humain » du conflit israélo-palestinien. L’auteur, à l’aide de lunettes de géographe et d’anthropologue, se focalise sur l’espace des camps des réfugiés palestiniens au Liban ainsi que les enjeux relatifs à sa maîtrise, ses aménagements et la symbolique s’y rattachant. Il apporte ainsi une clarté analytique novatrice sur la question des réfugiés palestiniens en la replaçant au cœur des problématiques régionales, moyen-orientales, mais aussi au cœur d’un réseau transnational. Les dynamiques migratoires des réfugiés palestiniens se trouvent donc intimement liées aux recompositions politiques à l’échelle nationale (Etat libanais) et à l’échelle régionale (Moyen-Orient), ce qui implique la présence de divers types d’acteurs que l’on verra ci-dessous. Par ailleurs, l’étude comparative des réfugiés en camp (et hors camp) ainsi que l’analyse de leurs répartitions spatiales sont élaborées en vue de rendre compte des dynamiques socio-spatiales et enjeux d’adaptation développés par les réfugiés, et afin de saisir les articulations camp/ville. C’est ainsi que la problématique découlant de ce présent ouvrage n’est autre que la suivante : comment les conjonctures politiques à l’échelle régionale en général façonnent l’organisation, et donc la recomposition spatio-temporelle des réfugiés palestiniens du Liban en particulier ? 

L’on constatera, de ce fait, au fil de ces raisonnements que l’auteur dégage quatre fonctions relatives à l’espace des réfugiés palestiniens, inscrites dans le temps, la longue durée; à savoir le lieu d’habitat, le lieu d’exercice du pouvoir politique et militaire, l’espace de développement ou repli économique, le lieu de mémoire et affirmation identitaire). Ces différentes fonctions créent une dynamique socio-spatiale palestinienne qui repose sur trois aspects : la permanence territoriale (un lieu de stabilité et de continuité), l’espace de contact avec la société libanaise, et l’espace de « l’entre-soi ». Sur ce dernier point, l’identité palestinienne du réfugié demeure intimement liée à sa patrie d’origine, au travers d’une certaine (re)création d’un entre-soi culturellement rattaché à l’idée de Palestine, d’après Jalal Al Husseini, chercheur à l’IFPO à Amman.

Géographie de la « Nakba ».

La réflexion de l’ouvrage se cristallise autour du rapport particulier des palestiniens à l’espace, évoluant progressivement dans le temps. L’on identifie trois points marquants de l’élaboration d’une géographie de l’exil des réfugiés palestiniens, dans un Moyen-Orient caractérisé par une longue tradition de mobilité humaine. D’abord, la rupture fondatrice qu’est la création de l’Etat d’Israël en 1948, enfante la diaspora palestinienne qui s’exile majoritairement dans environ 90% des pays limitrophes à Israël, notamment le Liban. Cet événement, qualifié de « Nakba » (catastrophe) par les palestiniens, rompt avec le rapport territoire/population. Par la suite, des fragmentations et recompositions spatiales apparaissent, en formant des réseaux locaux de solidarité suite à des conflits régionaux et décisions politiques étatiques jugées non inclusives, discriminatoires à l’égard des réfugiés. L’on assiste enfin à la formation d’un réseau transnational dans le cadre d’un système migratoire qui se mondialise. Pour davantage de précision, l’on mentionnera quelques épisodes historiques et conflits régionaux, car chaque mutation majeure sur la scène régionale a engendré des déplacements (forcés) internes et/ou des mobilités internationales en Europe, aux Etats-Unis, ou a relégué au second plan la question des réfugiés palestiniens : la guerre civile libanaise (1975-1990) dans laquelle des réfugiés palestiniens ont été accusés d’y avoir pris part, l’invasion israélienne en 1982 (destruction des infrastructures palestiniennes), la guerre des Camps en 1985-1987, les accords d’Oslo en 1993 faisant fi des réfugiés palestiniens, le recentrage de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) sur les territoires palestiniens provoquant la marginalisation progressive de la diaspora, etc.

Des acteurs fluctuants sur le terrain.

Dans le cadre de l’installation des réfugiés palestiniens au Liban, les lieux de résidence se situent essentiellement dans cinq régions libanaises : dans les zones urbaines de Beyrouth, autour de Tripoli, Saïda, Baalbek, et dans les espaces littoraux ruraux du Tyr. Sur le terrain, interagissent trois types d’acteurs ; d’abord les acteurs étatiques (Liban), les acteurs non-étatiques et diasporiques (UNRWA –United Nations Relief and Works Agency for Palestine- et OLP) ainsi que les acteurs informels (réfugiés palestiniens, milices chrétiennes libanaises et la milice chiite libanaise Amal). Le processus temporel est important ici à saisir, dans le sens où chacun des types d’acteurs régula à tour de rôle le traitement réservé aux réfugiés palestiniens. Il y a d’abord, en effet, une première phase libanaise dans les années 60 (autorité juridique sur les réfugiés dépendant de la Sûreté générale bien que l’UNRWA se substitue à l’Etat libanais en matière éducative, sanitaire et de logement) qui s’affaiblit à partir de la guerre civile, laissant place à la seconde phase de l’OLP dans les années 70. Cette dernière se développe en termes institutionnels au Liban et y gère ainsi de facto la population palestinienne, en tant qu’éminent symbole de la cause et de la résistance palestinienne. Si attaque il y a, elle vise à réduire l’influence de la centrale palestinienne. Cette phase coïncide avec l’effondrement relatif de l’acteur étatique libanais. Quant à la troisième phase, elle est chapeautée par un net recul de l’OLP et un Etat libanais regagnant en puissance sur son propre territoire. Les réfugiés palestiniens sont, depuis, soumis à la législation non inclusive de cet Etat « d’accueil ». Faute de moyens financiers, l’UNRWA n’a pas pu remplacer l’ensemble des services assurés par l’OLP, ce qui renforça la dégradation lente des conditions de vie dans les camps, notamment après les accords de Taëf en 1989 (fin de la guerre civile au Liban).

Singularité et précarité statuaire.

S’agissant du traitement réservé aux réfugiés palestiniens par le Liban, Kamel Doraï y décèle un caractère singulier dans la mesure où ce serait la communauté la plus défavorisée, discriminée et instable de la diaspora palestinienne. Pour cela, l’auteur étudie ces réfugiés à partir de deux échelles d’analyse ; locale (camps et groupements informels) et nationale (Etat libanais). Il est à préciser que le statut juridique des réfugiés palestiniens a d’importantes retombées sur son organisation spatio-temporelle au Liban. A savoir d’abord que contrairement au système de protection internationale du HCR (Haut Commissariat  des Nations-Unies pour les Réfugiés), le statut juridique des réfugiés palestiniens en général demeure défini de façon discrétionnaire par les Etats d‘accueil. La présence de 400 000 réfugiés palestiniens au Liban, à majorité musulmans sunnites, pose un enjeu démographique pour le fragile équilibre confessionnel sur lequel repose le système politique du Liban. Seule une minorité chrétienne palestinienne a obtenu la nationalité libanaise dans les années 50 et ce, en vue de garantir l’équilibre confessionnel (bien que le camp de Dbayeh, seul camp de réfugiés palestiniens chrétiens, est aujourd’hui marginalisé depuis la guerre civile qui a vu l’installation des milices chrétiennes s’accroître). Sans oublier Israël, premier Etat pour qui les réfugiés palestiniens constituent un élément perturbateur, dans la mesure où il se légitime par la supériorité numérique de la communauté juive. Le retour des réfugiés palestiniens étant susceptible d’inverser la balance démographique, cette question est donc présentée par Israël comme relevant de sa sécurité nationale, et par extension de sa souveraineté étatique. De façon plus globale, les réfugiés palestiniens demeurent un défi également pour le futur Etat palestinien, et aussi l’OLP car elle tire une partie de sa légitimité de la protection qu’elle assure aux réfugiés, étant elle-même issue de la diaspora palestinienne (des fedayin -petits groupes de commandos palestiniens ne reconnaissant pas Israël et qui s’y opposent par les armes). L’exclusion socio-spatiale des réfugiés palestiniens représenterait, toutefois, de façon paradoxale un événement fondateur qui a exacerbé le processus d’identification de l’Etat libanais, tout juste sorti de la logique coloniale française et encore affaibli par les vestiges de la guerre civile. En effet, Jihane Sfeir, spécialiste de l’Histoire du monde arabe contemporain, démontre que les « réfugiés palestiniens représentent l’élément manquant pour que s’opère la cohésion nationale », à un temps où celle-ci est justement mal assurée.

De façon plus globale, le caractère singulier et à part des réfugiés palestiniens est d’autant plus visible car un office des Nations-Unis a été créé exclusivement pour eux. Sont désormais perçus comme réfugiés palestiniens, les personnes exilées entre 1948 et 1949 et qui de plus, se sont inscrites auprès de l’office. Cette définition exclut donc les déplacés après 1967, ceux qui ne répondent pas aux critères d’éligibilité, les non-inscrits à UNRWA, les déplacés internes, etc. De plus, les réfugiés palestiniens dans leur globalité (inscrits ou non auprès d’UNRWA), sont exclus du HCR ainsi que de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, car ils ne protègent pas « les personnes qui continuent de bénéficier de la protection ou de l’assistance d’autres organismes des Nations-Unies », dont UNRWA fait indubitablement partie. Ainsi, en même temps que ce statut accorde une meilleure visibilité politique et symbolique aux principaux concernés, il les cantonne dans une absence de protection juridique optimale. Ici le rapport au temps et à l’espace entretenu nostalgiquement par les réfugiés palestiniens est déstabilisé par les définitions d’UNRWA en déphasage avec la réalité sur le terrain, office dont la fonction est à priori d’assurer reconnaissance et protection aux réfugiés palestiniens à défaut de bénéficier d’une agence humanitaire plus solide qu’est le HCR.

Répartitions spatio-temporelles restrictives comme conséquence du statut précaire.

Les autorités libanaises sont partisanes, ainsi, de tawtin (« refus de l’implantation »), de même qu’est institué un arsenal législatif et juridique discriminatoire pour les réfugiés palestiniens au Liban. Ces derniers demeurent maintenus en marge du marché de travail (notamment les professions libérales), du système de protection sociale. Leur droit au séjour et leur liberté de circulation sont particulièrement restreints et ils sont exclus de l’économie libanaise, ce qui engendre la création d’une économie informelle palestinienne. Ceci dénote manifestement de la précarisation progressive de leurs conditions de vie. Pendant des années, ils demeurèrent sans logement, puis ils reçurent des camps (3 au Liban) avec des tentes et services de base mais le taux élevé des réfugiés installés dans les camps de l’UNRWA est symptomatique de la politique migratoire problématique et de la non-reconnaissance du Liban à l’égard des réfugiés palestiniens. A cause des nombreuses contraintes exercées « par ses soins » sur les réfugiés, il y eut diverses répartitions spatiales et la formation de leurs propres structures socio-spatiales à postériori. Se développe alors une logique étatique externe et une logique interne aux réfugiés palestiniens.

Le statut juridique précaire des réfugiés palestiniens, tributaire des choix politiques du Liban, a donc pour conséquence l’accroissement des groupements informels autogérés par les réfugiés palestiniens eux-mêmes, comme principal lieu de résidence. Au sein de ces logements informels, l’on notifie des formes d’adaptation, des systèmes de solidarité traditionnels représentant une des principales clés de compréhension de leur organisation spatiale. Ces logiques propres aux réfugiés sont donc créées en réaction et en opposition aux logiques externes étatiques. La région du Tyr (sud Liban), est le prototype d’un espace d’installation singulier car en tant qu’espace camp ou encore espace frontière, aux limites des zones d’influence syrienne et israélienne, il matérialise un espace géostratégique dans lequel se créent des logiques propres aux réfugiés. En effet, du fait qu’il soit à la marge de l’Etat libanais, il est convoité par les réfugiés car l’OLP y a développé un sanctuaire d’infrastructures politiques et militaires. Cet espace camp de la région du Tyr n’étant pas connecté au tissu socio-urbain, devient un espace marginal. A la fois espace de contrôle et de marge, il favorise des actes potentiels de résistance, voire de postures subversives (exemple du groupuscule terroriste islamiste Al Qaida dans le camp de Nahr Al Bared, ce dernier étant détruit par l’armée libanaise en 2007).

Suite à des recompositions politiques, l’on assiste de plus à de nouvelles dynamiques migratoires vers l’Europe (Suède comme principal pays d’accueil), hors logiques diasporiques. L’on remarque un continuum entre déplacements internes au Liban, fermeture du débouché migratoire régional et transfert des migrations vers l’Europe, engendrant la redéfinition des dynamiques migratoires au travers d’un espace transnational. En effet, suite à l’expulsion de la main-d’œuvre palestinienne des pays du Golfe et du Koweït en particulier en 1991, il y eut la fermeture d’un débouché régional en matière de travail, car les réfugiés palestiniens auraient pris position contre l’occupation de l’Irak par le Koweït. D’autant plus qu’il y eut des exodes internes durant la guerre civile libanaise, provoquant la remise en cause de la présence palestinienne sur le pays en question. Par conséquence, les réfugiés palestiniens aspirent à des conditions de vie plus louables et un statut juridique plus stable. De nouveaux espaces et pratiques transnationaux émergent ainsi suite à la dispersion des réfugiés palestiniens dans les pays scandinaves et en Allemagne ou encore aux Etats-Unis. Ces dynamiques migratoires nouvelles ont pour but l’acquisition de la nationalité du pays d’accueil, sans pour autant s’installer durablement.

Quant aux camps de réfugiés ainsi que la série des groupements informels, ils représentent des structures d’accueil à l’origine temporaire, ou sont du moins perçus comme tel par les réfugiés eux-mêmes et l’Etat libanais. C’est pourquoi le rapport à la migration des réfugiés palestiniens s’inscrit dans une temporalité ambigüe car « tant que le retour est envisagé, toute installation demeure provisoire et toute nouvelle immigration est considérée comme un exil toujours plus lointain ». Ces espaces, symboles de la diaspora palestinienne, matérialisent une expression identitaire notoire, formant un lieu de mémoire, voire même un lieu du devenir. L’identité palestinienne s’exprime donc dans l’exil et la dispersion des camps des réfugiés palestiniens au Liban et ailleurs, l’incarnent spatialement. A noter que la mémoire permet non seulement de s’inscrire dans la durée en vue de créer l’altérité, mais aussi et surtout de légitimer le rapport à la terre des réfugiés palestiniens comme une sorte de « parenté généalogique ».

Résistance du sentiment d’appartenance à la terre face au temps.

La question du droit au retour demeurerait inébranlable, malgré l’accroissement de la mobilité internationale et la dispersion des réfugiés. L’auteur remet en cause, en effet, la désagrégation du sentiment d’appartenance à la mémoire collective palestinienne, et déconstruit le fait que le droit au retour des réfugiés palestiniens serait effacé par l’accès à la nationalité étrangère. Cette question du droit au retour s’appuie sur l’article 11 de la résolution 194 de l’Assemblée Générale des Nations-Unies. Les termes généraux employés dans cette même résolution garantissent le droit au retour des réfugiés palestiniens, où qu’ils soient et quel que soit leur statut juridique donné. L’installation définitive dans des pays tiers est considérée cependant telle une façon détournée de mettre un terme à la question du droit au retour, selon certains réfugiés palestiniens. Toutefois, la tendance générale est souvent à la fermeture des frontières. Ne sont considérés comme réfugiés, et donc prétendants potentiels au droit au retour, que ceux qui demeurent dans les camps ou qui se trouvent à l’échelle du Moyen-Orient dans une situation socioéconomique difficile. En outre, le sentiment d’appartenance des réfugiés palestiniens demeurerait intact, même lorsqu’ils sont intégrés à leurs sociétés d’accueil, car ils ont su résister à « l’épreuve du temps et de la dispersion ». En effet, Kamel Doraï cite à titre d’exemple, l’étude de Mahmoud Issa sur les palestiniens originaires de Loubia, résidant aujourd’hui au Danemark. Cette étude démontre que la revendication en tant que palestiniens persiste dans le temps, ce qui renvoie au renforcement de la question de leur droit au retour. C’est pourquoi assiste-t-on au développement significatif du milieu associatif à l’étranger, et des mouvements actifs défendant le droit au retour et revendiquant les territoires occupés et autonomes. Un événement tel que le jour de la Terre, commémoré annuellement le 30 mars, rappelle également la lutte des palestiniens pour préserver leurs terres tout en consolidant et renforçant le maintien du sentiment d’appartenance en diaspora.

Le droit au retour des réfugiés palestiniens se trouve, ainsi, relativement fragilisé car l’ancrage territorial des territoires autonomes prive l’OLP de sa capacité à activer des réseaux de soutien au sein de la diaspora. Il est à rappeler que certaines catégories défavorisées des réfugiés palestiniens estiment que l’OLP se consacre davantage à l’édification d’un Etat palestinien plutôt qu’à l’aide fournie aux réfugiés. La situation est d’autant plus délicate et complexe maintenant que la proclamation de l’Etat palestinien ne dépend plus du retour des réfugiés. Il existe de la sorte un clivage non négligeable entre l’intérieur (édification encore aporétique de l’Etat palestinien) et l’extérieur, ce qui cantonne au second plan la thématique des réfugiés palestiniens. L’OLP représentait le centre vers les années 70, puis ce fut l’intérieur qui s’appropria ce statut après les années 80. A savoir que c’est une question qui date depuis 1949, mais qui a connu le plus de retard. Les solutions qui s’offrent à ces réfugiés sont les suivantes ; retour dans leur pays d’origine, installation dans les pays d’accueil, réinstallation dans un pays tiers. Quant à Elias Sanbar, historien et poète palestinien, il a le mérite de proposer une solution alternative qu’est la nécessité de la reconnaissance par Israël du droit au retour des palestiniens, et la négociation et limitation du retour effectif des réfugiés en fonction des capacités d’accueil du pays.

Le droit au retour comme nécessité pour la résolution du conflit.

L’« entre-soi » qui anime ces réfugiés, partagés qu’ils sont entre leurs sociétés d’accueil et leur patrie, pourrait être qualifié d’impasse, d’aporie. Ils sont, effectivement, bloqués entre les conséquences des prises de positions politiques des États arabes, de la faiblesse de l’Autorité palestinienne, pour ne parler que de l’échelle régionale dans la mesure où Kamel Doraï recentre la question des réfugiés palestiniens au cœur des dynamiques régionales. En Syrie par exemple, les réfugiés palestiniens y bénéficiaient du marché du travail local, de l’instruction publique, mais la guerre civile en 2011 qui perdure, a exposé la vulnérabilité de cette population au grand jour. Les situations de crise en effet révèlent le peu de soutien dont ils bénéficient en réalité et renforcent leur statut précaire, car les intérêts politiques, économiques et sécuritaires des États d’accueil prévalent en fonction de la conjoncture régionale et internationale. De façon plus générale, suite aux soulèvements populaires dans les pays arabes dès 2010-2011, la marginalisation des réfugiés palestiniens s’en trouve davantage renforcée sur la scène régionale car ces mal-aimés apatrides demeurent soumis aux aléas politiques des Etats d’accueil. La rhétorique et défense pro-palestinienne a donc laissé place à d’autres revendications sociopolitiques et socioéconomiques spécifiques au dit « Printemps arabe ». La diaspora palestinienne, en tant que communauté la plus importante historiquement de la région et au monde, se trouve aujourd’hui reléguée au second plan, dépassée entre autres par l’urgence de l’accueil des réfugiés syriens. Sans oublier le conflit armé au Yémen qui s’enlise. La question des réfugiés palestiniens n’est pas morte, toutefois, comme le rappelle cette citation de Mahmoud Darwish, poète palestinien : « Pour le Palestinien, la terre ne relève pas uniquement du politique, mais aussi du sacré ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *